Des histoires de pierres et d'étoiles... (épisode 1)

L’archéoastronomie est une science nouvelle, qui observe les sites construits par les anciennes civilisations sous l'angle d'un double regard, celui de l'archéologie et celui de l'astronomie. Pour la plupart, ces construction ne nous disent pas comment et pourquoi elles furent construites, nous laissant dans le mystère.

 

L’archéologie, paléontologie et l’ethnologie traditionnelles ont élaborées des interprétations avec les moyens dont elles disposaient à l’époque. Les peintures rupestres datant de -30 000 à -20 000 raconteraient la vie quotidienne de l’époque : le pastoralisme, la chasse et la guerre. Mais si, au lieu de raconter, elles étaient l’expression de tout à fait autre chose ? Les mêmes disciplines ont aussi posé la dénomination d’Oeuvre d’Art sur les peintures, sculptures ou mégalithes. Seulement, la notion d’oeuvre d’art au sens d’une recherche esthétique, est assez récente dans l’histoire de l’humanité. Bien sûr, un acte utile peut avoir un résultat esthétique, mais il n’en sera que la conséquence ; et c’est dans ce sens qu’il nous faudra peut-être orienter notre regard sur les objets et constructions des anciennes civilisations.

 

Pour mieux comprendre les anciennes civilisations, essayons de nous projeter à leur place. Les anciens hommes avaient des comportements totalement différents vis à vis de leur environnement naturel que ceux que nous avons aujourd’hui. L’humain ancien était absolument religieux. Sa religion était principalement liée aux cycles naturels, eux-mêmes liés au « pouvoir ». Il percevait paysage et ciel comme un tout dont il faisait partie, et y cherchait en permanence l’équilibre et la reliance. Le Cosmos au sens primaire du terme signifie « monde », un contenant de tout ce qui nous entoure, telle une matrice, tel un giron. En font donc partie les pierres, les astres, le sol, l’atmosphère, les végétaux, les animaux, les montagnes, la mer... Se mettre en lien avec la Terre et le Ciel, c’est la toute première démarche spirituelle et philosophique de l’humanité, appelée Cosmotellurisme.

 

En suivant ce précepte, tout acte « artistique » des anciens hommes était connecté au ciel, à la course du soleil, aux cycles lunaires et aux constellations visibles la nuit. Le Ciel contenait à la fois le repère du temps, et les projections des dieux. Mais il fallut, pour se rendre compte que toute construction ou arrangement de site était lié aux astres, attendre un autre avènement, celui de l’informatique ! En effet, c’est grâce à ces puissants moteurs de calcul que nous pouvons aujourd’hui recomposer les ciels d’il y a plusieurs millénaires en un clic. Si la course du soleil et les saisons, si les cycles lunaires, si les planètes du systèmes solaires restent immuables depuis les débuts des temps, il n’en est pas de même avec les autres astres de la voûte céleste. En effet, l’axe de la Terre bouge sans cesse et opère une boucle sur 26 000 ans avant de revenir à son point de départ. C’est ce qu’on appelle la « précession des équinoxes ». La conséquence de cette boucle est le changement de ce que l’on peut voir la nuit dans le Ciel étoilé d’un millénaire à l’autre.

 

Par exemple, nous nous repérons sur l’astre vers lequel l’axe de la Terre pointe, le seul point fixe du Ciel tout au long de la nuit et des saisons, appelé encore « étoile polaire ». Actuellement, l’étoile Polaire dans l’hémisphère nord de la Terre est Alpha Ursae Minoris (α UMi), l’étoile la plus brillante de la constellation de la Petite Ourse. Mais puisque l’axe de la Terre voyage dans le Ciel à travers les millénaires, l’étoile Polaire n’a pas toujours étée Alpha Ursae Minoris !… En effet, en 3000 AEC (Avant Ère Commune), c’était Thuban (α Draconis), dans la queue de la constellation du Dragon qui était l’étoile Polaire. En 12 000 AEC, c’était Véga de la Lyre (α Lyrae). Et à l’époque du Christ, aucune étoile n’était dans la zone visée par l’axe polaire, offrant un « trou noir » en guise d’étoile Polaire !

 

- Bigre ! Alors quand on dit que les navigateurs de tous temps se sont repérés sur l’étoile polaire de la petite Ourse, ce ne sont que balivernes ?

 

Imaginez ainsi que ce n’est pas seulement l’étoile polaire qui change au cours des millénaire, mais également l'ensemble de la voûte céleste. Les archéologues des deux derniers siècles ne s’embarrassaient pas à calculer le Ciel d’époque, car trop complexe à faire graphiquement. Il fallut attendre les ordinateurs pour le faire et vérifier certains alignements et orientation de site avec la carte du Ciel d’alors. Et Ô merveille, nous découvrons des trésors inestimables...

 

Les fameuses peintures rupestres, qu’on attribua à des scènes de chasse faute de savoir les relier à autre chose, commencent tout juste grâce à l’archéoastronomie à révéler leur véritable raison d’être. Et il s’agit peut-être de bien autre chose qu’un « écran de télé » pour montrer un documentaire sur la chasse ! Lascaux, par exemple, offre des orientations remarquables. L’archéoastronome Chantal Jègues-Wolkiewiez démontre avec brio que deux aurochs sont précisément orientés sur la course du soleil. Le premier montre un pelage en mue qui a son œil orienté à 56°, c’est à dire sur le lever du soleil au solstice d’été. Le second en érection et en rut, a son œil orienté à 124° au lever du soleil lors du solstice d’hiver. Quand à l’intersection des deux animaux sur l’arrière-train, elle est précisément orientée à 90°, au levers des équinoxes de printemps et d’automne. Il pourrait s’agir d’un extraordinaire hasard, cependant de nombreuses autres peintures et grottes présentent des orientations de ce type avec un même système de repérage temporel. L’ensemble de Lascaux est actuellement en ré-étude par plusieurs archéoastronomes, et comme d'autres sites semblables, il pourrait s’avérer être une carte du Ciel à usage de calendrier temporel et de culte !

 

 

 

"Les grottes ornées étaient des sanctuaires réalisés dans le cadre de cultes liés au mouvement des astres. Des cultes conduits par des spécialistes de la mesure du temps, capables de prédire l'entrée de la lumière dans les cavités, ou la survenue de certains événements astronomiques remarquables, comme l'apparition d'une étoile ou d'une constellation à un moment précis de l'année. On peut imaginer qu'ils célébraient à Lascaux la mort symbolique du soleil, qui culmine lors de l'été puis décline jusqu'au solstice d'hiver, avant de renaître et retrouver toute sa vigueur... Les figures peintes correspondaient peut-être à des divinités de leur panthéon animal, projetées dans le ciel". Chantal Jègues-Wolkiewiez

 

Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises avec l’archéoastronomie, peut-être même seulement au début de découvertes extraordinaires. Nous savons désormais que Stonehenge est un observatoire céleste, mais savions-nous que des centaines d’autres sites sont orientés sur un solstice ou encore sur le lever d’une constellation dans le ciel nocturne ? Nos lointains ancêtres, les cro-magnons d’il y a 18 000 ans ou bien plus tard les mégalitheurs, étaient loin d’être des « primitifs » avec des croyances primaires. C’étaient des astronomes ! Et l’Astronomie est probablement la plus ancienne science de l’humanité.

 

Les constructions antiques sont très souvent reliées aux étoiles. Un exemple remarquable pour l'illustrer est celui de la grande pyramide de Gizeh. Le Pharaon était considéré comme un dieu-vivant, Horus, gardien de l'ordre cosmique et intermédiaire entre les autres dieux et l'humanité. On attribuait au Pharaon une place dans le ciel, dans la zone des astres impérissables visibles tout au long de l'année, c'est à dire les étoiles proches de l'étoile polaire. Ceci le rendait assurément immortel. Il fallût donc que son tombeau soit connecté à la zone polaire, ainsi qu'aux emplacements célestes des parents d'Horus, soit Osiris et Isis. Depuis la chambre du Roi, deux puits partent vers la surface, l'un au nord et l'autre au sud. Il en est de même depuis la chambre de la Reine. On leur a longtemps attribué une fonction de conduits d’aération. Cette interprétation est absurde car, d’une part aucune aération ne fût nécessaire la construction terminée, et d’autre part les puits de la chambre de la Reine n’atteignent pas la surface et l’air libre. Il devait donc y avoir une autre explication plausible… Rappelez vous qu’en 3000 AEC (Avant Ère Commune), l'étoile Polaire était Thuban (α Draconis), qui représentait pour les égyptiens la « femelle hippopotame » Taouret qui régissait les crues du Nil, apportant la prospérité au royaume. Le puit Nord de la chambre du Roi comme de celle de la Reine sont orientés vers la zone polaire du Ciel. Ils pointaient à cette époque vers Thuban/Taouret. Quand aux puits Sud, celui de la chambre du Roi pointe sur la ceinture de la constellation d’Orion (les trois étoiles Al Nitak, Al Nilam et Mintaka), et celui de la chambre de la Reine pointe sur Sirius / Alpha Canis Majoris (α CMa). Ces étoiles jouaient un rôle proéminent dans l’ancienne Egypte, la constellation d'Orion étant considéré comme la projection d’Osiris dans le Ciel et Sirius celle d’Isis.

 

Je vous parlerai dans un prochain article d'autres sites issus cette fois de mes propres expériences de mesures astronomiques...

 

A suivre : Saint Antoine l'Abbaye dans l'Isère, le site mégalithique de Cauria en Corse, et d'autres...

 

Pour aller plus loin :

Le site de Chantal Jègues-Wolkiewiez : http://www.archeociel.com

Voir le film "Lascaux, le ciel des premiers hommes" diffusé sur Arte : Partie 1 / Partie 2

Le site de Giulio Magli du Politecnico di Milanohttp://www.archaeoastronomy-egypt.com

 

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